Novlangue
Discours sur l’Europe

Monsieur le président
Je vous fais une bafouille
Que vous lirez sûrement
Si vous avez des couilles
Je viens de recevoir
Un coup d´fil de mes vieux
Pour m´prévenir qu´les gendarmes
S´étaient pointés chez eux
J´ose pas imaginer
C´que leur a dit mon père
Lui, les flics, les curés
Et pis les militaires
Les a vraiment dans l´nez
P´t-être encore plus que moi
Dès qu´il peut en bouffer
L´vieil anar´ y s´gêne pas
L´vieil anar´ y s´gêne pas

Alors y parait qu´on m´cherche
Qu´la France a besoin d´moi
C´est con, j´suis en Ardèche
Y fait beau, tu crois pas
J´suis là avec des potes
Des écolos marrants
On a une vieille bicoque
On la retappe tranquillement
On fait pousser des chèvres
On fabrique des bijoux
On peut pas dire qu´on s´crève
L´travail, c´est pas pour nous
On a des plantations
Pas énormes, trois hectares
D´une herbe qui rend moins con
Non, c´est pas du ricard
Non, c´est pas du ricard

Monsieur le président
Je suis un déserteur
De ton armée de glands
De ton troupeau d´branleurs
Ils auront pas ma peau
Toucheront pas à mes cheveux
J´saluerai pas l´drapeau
J´marcherai pas comme les bœufs
J´irai pas en Allemagne
Faire le con pendant douze mois
Dans une caserne infame
Avec des plus cons qu´moi
J´aime pas recevoir des ordres
J´aime pas me lever tôt
J´aime pas étrangler le borgne
Plus souvent qu´il ne faut
Plus souvent qu´il ne faut

Puis surtout c´qui m´déplait
C´est que j´aime pas la guerre
Et qui c´est qui la fait
Ben c´est les militaires
Ils sont nuls, ils sont moches
Et pis ils sont teigneux
Maintenant j´vais t´dire pourquoi
J´veux jamais être comme eux
Quand les Russes, les Ricains
Feront péter la planete
Moi, j´aurais l´air malin
Avec ma bicyclette
Mon pantalon trop court
Mon fusil, mon calot
Ma ration d´topinambour
Et ma ligne Maginot
Et ma ligne Maginot

Alors me gonfle pas
Ni moi, ni tous mes potes
Je serai jamais soldat
J´aime pas les bruits de bottes
T´as plus qu´a pas t´en faire
Et construire tranquilos
Tes centrales nucléaire
Tes sous-marins craignos
Mais va pas t´imaginer
Monsieur le président
Que j´suis manipulé
Par les rouges ou les blancs
Je n´suis qu´un militant
Du parti des oiseaux
Des baleines, des enfants
De la terre et de l´eau
De la terre et de l´eau

Monsieur le président
Pour finir ma bafouille
J´voulais t´dire simplement
Ce soir on fait des nouilles
A la ferme c´est l´panard
Si tu veux, viens bouffer
On fumera un pétard
Et on pourra causer
On fumera un pétard
Et on pourra causer

 

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Déserter

Il n’y a plus à attendre – une éclaircie, la révolution, l’apocalypse nucléaire ou un mouvement social. Attendre encore est une folie. La catastrophe n’est pas ce qui vient, mais ce qui est là. Nous nous situons d’ores et déjà dans le mouvement d’effondrement d’une civilisation. C’est là qu’il faut prendre parti. 

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Ils forment en France cette non-classe, cette gélatine sociale composée de la masse de ceux qui voudraient simplement passer leur petite vie privée à l’écart de l’Histoire et de ses tumultes. Ce marais est par prédisposition le champion de la fausse conscience, prêt à tout pour garder, dans son demi-sommeil, les yeux fermés sur la guerre qui fait rage alentour.

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Mardi
La bêtise comme l’intelligence
Toute chose se radicalise

La coutume parmi les humains est de laisser filer la vie. La main sur l’épaule qui dit : « Allez, ne te fais pas de souci, ça va aller » est le porteur le mieux connu de cette grippe-là. Inhumain est donc celui qui s’attache à l’intensité la plus haute qu’il ait rencontrée comme à une vérité. 

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Imaginons un être qui n’aurait pu fermer les yeux sur l’horreur du présent – ce canevas d’ennui, d’injustice, de bêtise, de séparation et de cynisme  –, un être qu’une sorte d’infirmité certainement, mais peut-être aussi quelque esprit de défi, aurait rendu inapte à rester en paix avec un tel état de choses, un être qui, en outre, aurait trouvé, jeune encore, dans l’émeute, le feu et la conspiration, l’exact contraire de ce qu’il voyait autour de lui : là, l’intelligence, le courage, l’aventure, l’amitié et la vérité. Un tel être – et il ne fait pas de doute qu’il y en a en nombre qui, à cette heure même, vivent et se cherchent – serait Blanqui, autant que Blanqui fut Blanqui. Chaque seconde de sa vie, chaque battement de son cœur serait propulsé par cette unique question : comment faire ? Comment constituer une force révolutionnaire ? Comment vaincre ? Les figures historiques sont là pour faire écran aux puissances qui les portent. 

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Mercredi

Il y a, naturellement, un autre usage de l’intelligence. On en reconnaît les productions sans peine : l’époque les honore de son silence blessé.

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A l’instant de cette découverte, mais alors seulement, vient pour ces désespérés une paix étrange, celle des victoires définitives.

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Confusion